Infos Pratiques :

  lieu du rendez-vous

MJC de Chamonix

94 Promenade du Fori

74400 Chamonix-Mont-Blanc

   Date & horaires

Samedi 12 janvier

De 10h00 à 11h30

   à savoir

Participation libre. Adhésion possible sur place. Repas collectif organisé par La ferme de Lepigny après la conférence.

Une brève histoire de l'humanitaire

par: BORIS MARTIN

Samedi 12 janvier 2019

En partenariat avec la MJC de Chamonix dans le cadre du festival « Remballe ta Haine ! »

Médecins sans frontières, Médecins du Monde, Handicap International : ce sont souvent les noms qui viennent en tête lorsque l'on pense "humanitaire". Pourtant, loin de résulter de l'émergence de ces « french doctors", l'aide humanitaire puise ses racines dans une histoire bien plus ancienne ; une histoire qui parle d'abord de charité puis de bienfaisance, de fraternité et de solidarité.

Cette conférence vous propose de retracer brièvement l'évolution du mouvement humanitaire, de sa naissance à aujourd’hui, permettant ainsi de mieux cerner certains enjeux voir lever certains fantasmes et/ou malentendus.

 

Le temps de la charité ambiguë.

IIIe siècle : la peste ravage l’Empire romain. Les chrétiens restent au milieu des mourants. Un geste de solidarité extrême qui puise son fondement dans les textes sacrés, notamment l’Evangile de Saint-Jean, qui proclame que « Dieu est amour ». Cet amour, que l’on traduit alors par caritas – charité – fondera pour des siècles la réaction des catholiques face à l’adversité dont seront victimes leurs voisins, leurs fidèles, leurs administrés. La secte des chrétiens va asseoir sa foi et son pouvoir pour conquérir une place centrale dans les sociétés occidentales dont elles constitueront longtemps la religion d’État.

 

Le Siècle des Lumières ou la laïcisation du « penchant pour les autres ».

Les penseurs de ce siècle créé le terme de fraternité pour désigner ce « penchant pour les autres ». La fraternité et sa définition sont alors inscrites en tête de la Constitution de 1795 : « Ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qu’on vous fît ; faites constamment aux autres le bien que vous voudriez en recevoir ».

 

Le meilleur à la faveur du pire : guerre et colonisation.

Le milieu du XIXe siècle est lui aussi marqué par l’émergence d’un nouveau terme. Ainsi, dès 1835, pour exprimer le fait d’avoir « de l’humanité », on dit « être humanitaire ». Presque aussitôt décrié, ce terme aurait été forgé par Lamartine dans son « poème humanitaire » et ses discours à l’assemblée contre l’esclavage. Il faudra attendre quelques années avant que le mot humanitaire connaisse son heure de gloire.

 

La naissance des grandes associations de défense des droits de l’homme.

La solidarité ambiguë de la France dans ses colonies n’éclipse pas celle qui se manifeste en métropole : radicalisée, politique et appuyant son combat sur la Déclaration des droits de l’homme, elle voit naître les grandes associations qui existent aujourd’hui encore.

 

Guerre froide et développement.

Au seuil des années 50 et 60, la décolonisation conduit les nations occidentales à porter un regard nouveau sur les pays qu’elles ont asservis. Ironie de l’histoire, ces derniers s’appuient sur les droits de l’homme, et notamment le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, pour revendiquer leur autonomie pleine et entière. Ralenties dans leur marche vers le progrès et la prospérité économique par la mainmise coloniale, mais aussi par des conditions géographiques et climatiques souvent défavorables, ces jeunes nations mettent en avant un retard de développement que les nations les plus avancées doivent contribuer à rattraper : le Tiers Monde fait son entrée sur la scène internationale.

 

Les French doctors.

La France est pionnière d’un humanitaire médical, international et médiatique : sans-frontiérisme, ingérence et French doctors sont des expressions célébrissimes dont elle est le dépositaire. Cette dernière expression, French doctors est le fait des journalistes étrangers qui, en mai 1968, ont vu un groupe de médecins français se précipiter au chevet d’un peuple qu’on assassinait sous l’œil des caméras. C’était au Biafra, une région du Nigeria, l’un des plus grands Etats d’Afrique.

 

L’héritage de la Croix-Rouge.

Cependant l’humanitaire ne naît pas avec les French doctors. Lorsque Bernard Kouchner et d’autres décident de s’engager pour le Biafra, l’humanitaire moderne est déjà plus que centenaire. Il est le fait d’un Suisse, Henry Dunant.

 

Rupture du pacte du silence et ingérence.

« Tuer le père » : ce concept bien connu des psychanalystes pourrait parfaitement s’appliquer à la naissance des French doctors. Celle-ci correspond en effet à une critique du CICR, l’institution qui a donné naissance à l’humanitaire et leur a mis le pied à l’étrier. Mais plus largement, les French doctors contestent un monde dans lequel une partie peut mourir dans l’indifférence de l’autre, dans l’oubli total et répété des exactions qui ont caractérisé l’espèce humaine dans le passé.

 

Les premiers signes du « piège humanitaire ».

Mais si le conflit du Biafra voit naître l’humanitaire « à la française », il présente déjà le premier revers de cette initiative solidaire : la manipulation de l’aide humanitaire.

 

Médecins sans Frontières (MSF), première ONG médicale mondiale.

Très rapidement, MSF va mettre le témoignage au service de sa notoriété, seul moyen de garantir les ressources de ses ambitions et de son indépendance. Mais le succès de l’association fait naître des ambitions de pouvoir chez certains. Dans le sillage des « Biafrais » est arrivée une nouvelle génération de médecins désireux de professionnaliser l’humanitaire et de développer les missions de long terme à côté des actions d’urgence. C’est l’opération « Un bateau pour le Viêt-Nam » qui focalisera l’opposition des « Anciens » et des « Modernes » et donnera naissance à Médecins du Monde. Entre-temps, des milliers de « boat-people » seront sauvés et ce jusqu’à la fin des années 80 grâce à des navires comme Île de Lumière. 40 ans plus tard, c’est l’Aquarius prend le relais.

Présentation de l'intervenant

Boris Martin

Rédacteur en chef de la revue Alternatives Humanitaires

Après des études de droit et d’anthropologie juridique, Boris Martin s’est engagé dans la recherche universitaire, l’écriture et l’action humanitaire. Il est aujourd’hui rédacteur en chef de la revue Alternatives Humanitaires, éditeur-rewriter indépendant et auteur. Il a publié une dizaine d’essais, de récits et fictions, certains traduits en anglais, chinois, japonais et allemand. Son dernier essai, "L’Adieu à l’humanitaire ? Les ONG au défi de l’offensive néolibérale", aborde le rapprochement entre les entreprises et les ONG.

Lorsqu’il n’écrit pas pour lui-même, Boris prête sa plume à d’autres, pour reprendre des manuscrits, insuffler un rythme ou raconter d’autres histoires. En 2008, il a réalisé l’adaptation française du best seller chinois Le Totem du Loup, de Jiang Rong, que Jean-Jacques Annaud a porté sur grand écran en 2015 (Le dernier loup). Il réside à Chamonix.

 

 

Récits

—  L’Iconoclaste. L’histoire véritable d’Auguste François, consul, photographe, explorateur, misanthrope, incorruptible et ennemi des intrigants – Éditions du Pacifique, mai 2014.

—  Chronique d’un monde disparu. Waldemar Abegg, voyageur et photographe, Seuil, 2008 (traduit en allemand chez Frederking & Thaler en janvier 2009, en japonais chez National Geographic Japan en mars 2010).

—  « C’est de Chine que je t’écris… ».  Jules Leurquin, consul de France dans l’Empire du Milieu au « temps des troubles » (1909-1945)  –  Seuil, 2004 (traduit en chinois aux Éditions Hunan publishing group, mai 2005).

 

Fictions

—  Hong Kong. Un parfum d’éternité, Elytis, 2010.

 

Essais

L’Adieu à l’humanitaire ? Les ONG au défi de l’offensive néolibérale – Éditions Charles Léopold Mayer, 2015.

—  Droits de l’homme et responsabilités, avec Sandrine Revet et Bertrand Verfaillie – Éditions Charles Léopold Mayer et Tarik Éditions, 2007.

—  Critique de la raison humanitaire (dir. avec Karl Blanchet, préface de Rony Brauman) – éditions Le Cavalier bleu, 2006 (traduction anglaise Many reasons to intervene parue en 2011 chez Hurst et Company pour le Royaume-Uni, et Columbia University Press pour les USA et le Canada).

—  Voyager autrement. Vers un tourisme responsable et solidaire (dir.) – Éditions Charles Léopold Mayer, 2003.

—  Quand le droit fait l’école buissonnière. Pratiques populaires de droit (avec Patricia Huyghebaert) – Éditions Descartes & Cie, Éditions Charles Léopold Mayer, 2002.

—  La France de la solidarité – Éditions Cesno, 2002.

« Ascensions culturelles »

63, chemin de la Digue, Argentière

74400 Chamonix-Mont-Blanc

Téléphone : +33 (0)6 72 22 33 15

Email :  contact@lapetiteuniversite.net

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