# Sciences Humaines
Littérature

La littérature et la folie :
Clinique des œuvres littéraires.

« Il n’y pas de grand esprit sans un grain de folie »

Proverbe latin

De Platon aux surréalistes, la création littéraire a fréquemment été pensée sous le prisme de la folie, d’une rupture avec les mécanismes de la raison. Dans le Phèdre, Platon fait du poète un être sacré qui « n’est pas en état de créer avant d’être inspiré par un dieu, hors de lui et de n’avoir plus sa raison ». Quelques deux mille ans plus tard, André Breton, d’abord dans son Manifeste du surréalisme puis dans Nadja reprend à son compte de tels liens en faisant de la poésie « la re-création d’un état qui n’a plus rien à envier à l’aliénation mentale ». À la différence des arts non-verbaux comme la peinture et la musique, c’est donc par son penchant pour la folie que la littérature s’illustre.
Cette série de cinq cours aura pour ambition de parcourir ces liens étroits entre création littéraire et folie à travers des œuvres de différentes natures (poèmes, romans, nouvelles, essais…), de différentes époques (du XVIIème siècle jusqu’à nos jours) et de différentes régions (Europe, Russie, États-Unis, Japon…). Des classiques de la littérature mondiale (Cervantès, Kafka…) jusqu’à des auteurs contemporains parfois méconnus malgré leur renommé (Ōe, Glück…), les auteurs que nous croiseront au fil de notre parcours nous permettront d’envisager la folie sous différents aspects en insistant chaque fois sur la façon dont elle s’incarne et s’exprime dans un texte particulier.
Les titres présentés à la suite du descriptif des séances sont bien sûr signalés à titre indicatif mais leur lecture même partielle est conseillée pour apprécier pleinement chaque séance. Pour faciliter leur accès, certains extraits de ces textes vous seront distribués lors de la première séance.

Présentation des cours

Cours 1
Qu’appelle-t-on folie, qu’appelle-t-on génie ?

Si le génie littéraire et la folie entretiennent une certaine parenté – au moins d’un point de vue théorique et philosophique – il nous faut, dans un premier cours, tenter de définir ces deux notions. À partir de Van Gogh le suicidé de la société, court essai d’Antonin Artaud – théoricien du théâtre, poète et écrivain – consacré au destin tragique de Vincent Van Gogh, nous montrerons la façon dont génie et folie sont deux notions construites socialement. Il s’agira pour nous de poser la question suivante : qu’est-ce qu’un génie sinon un fou que la société a cessé de considérer comme tel ?

Lectures conseillées : Antonin Artaud, « Van Gogh le suicidé de la société ».

Cours 2
Une autre histoire du spleen : les poétesses américaines d’Emily Dickinson à Louise Glück.

Aristote soulignait déjà dans L’Homme de génie et la mélancolie (Problème XXX), l’inclinaison à la mélancolie des “hommes d’exception” (peritoi andres). Dans ce cours, nous partirons à l’exploration du spleen en littérature, à travers l’œuvre de certaines des plus grandes poétesses états-uniennes. Après avoir rapidement rappelé l’évolution d’une telle notion – notamment à travers sa popularisation par Charles Baudelaire et son Spleen de Paris – nous évoquerons les œuvres d’Emily Dickinson, Sylvia Plath et Louise Glück.

Lectures conseillées :
Emily Dickinson, Car l’adieu c’est la nuit (extraits distribués lors de la première séance).
Louise Glück, L’Iris sauvage ; (extraits distribués lors de la première séance)

Cours 3
Décrire la folie : la névrose obsessionnelle dans les nouvelles de Guy de Maupassant et d’Edgar Allan Poe.

L’une des incarnations les plus fréquentes de la folie dans la littérature est la névrose obsessionnelle. En partant des nouvelles des plus grands auteurs fantastiques de la littérature que sont Guy de Maupassant et Edgar Allan Poe, nous chercherons à appréhender les différents mécanismes descriptifs de la folie : comment donner à lire l’évolution d’un être sombrant progressivement dans la démence ? Plus encore, la fin tragique de Maupassant – ce dernier finissant sa vie à la clinique psychiatrique du docteur Blache – et les différentes addictions de Poe nous permettront d’évoquer rapidement les conséquences psychiques de telles descriptions.

Lectures conseillées :
Guy de Maupassant, « Le Horla », « Lettre d’un fou » dans Le Horla et autres nouvelles (extraits distribués lors de la première séance).
Edgar Allan Poe, « Le Cœur révélateur », « William Wilson », « Bérénice », « La Chute de la Maison Husher » dans Nouvelles histoires extraordinaires (extraits distribués lors de la première séance).

Cours 4
Décrire la folie : Quand le monde rend fou : Cervantès, Kafka, Dostoïevski.

Ce cours sera consacré à trois monuments de la littérature : Cervantès, Kafka et Dostoïevski. Après avoir présenté la biographie et l’œuvre de chacun, il conviendra d’aborder ces auteurs à travers leur façon de penser la folie du monde et de la société. Avec eux, nous nous poserons la question suivante : est-il vraiment fou celui qui refuse de vivre dans un monde qui s’écroule ? Sans bien sûr exiger la lecture complète de Don Quichotte, des Possédés ou des nouvelles de Kafka, il s’agira plutôt ici de brosser le portrait de ces auteurs qui se sont attachés à mettre en lumière les déséquilibres du monde.

Lectures conseillées :
Miguel de Cervantès, Don Quichotte (extraits distribués lors de la première séance).
Franz Kafka, La Muraille de Chine (recueil de nouvelles).
Fiodor Dostoïevski, Les Démons (extraits distribués lors de la première séance).

Cours 5
La littérature comme pharmakon : écrire, poison ou remède à la folie ?

Le terme grec de pharmakon désigne à la fois ce qui est susceptible de soigner et ce qui est susceptible d’empoisonner. Penser la littérature comme un pharmakon permet d’envisager l’ambiguïté d’une telle pratique vis-à-vis de la stabilité psychologique du créateur. Si des auteurs comme Rimbaud, conscients de l’aliénation inhérente à l’activité littéraire, se sont détournés rapidement de l’écriture, d’autres, plus nombreux, ont utilisé la littérature pour panser ou sublimer les plaies que la vie leur infligeait. C’est ici à la découverte de l’œuvre de Kenzaburo Ōe, auteur japonais lauréat du prix Nobel de littérature en 1994, que nous irons pour analyser les liens entre la fiction et le témoignage, entre la création littéraire et la cure analytique, entre dire et guérir.

Lectures conseillées :
Kenzaburo Ōe, Une affaire personnelle (roman – extraits distribués).
Kenzaburo Ōe, Dites-nous comment survivre à notre folie (recueil de nouvelles).
Kenzaburo Ōe, Notes de Hiroshima (essai – extraits distribués).

Infos Pratiques

Dates & Horaires

Module de 5 cours de 1h30.
Les lundis de 18h15 à 19h45.

Lundi 4 octobre 2021
Lundi 18 octobre 2021
Lundi 8 novembre 2021
Lundi 22 novembre 2021
Lundi 5 décembre 2022

Lieu des cours

Nom du lieu
1212 libellé de la voie
74400 Chamonix

Prix des cours

58 € /module (5 cours de 1h30)

Présentation de l’intervenante

Camille Lecuyer

Poète, critique, animatrice d’ateliers littéraires.

Titulaire d’un master de lettres et d’un master de littérature jeunesse, Camille Lécuyer est animatrice d’atelier littéraire et poète. Cachée derrière Sova, son pseudo d’écriture qui lui vient d’une lointaine aïeule, elle publie ses poèmes dans des revues en France et au Canada. Depuis peu, elle s’adonne à la joie de la micro-édition et fait voyager ses textes par voie postale. Elle collabore, comme critique littéraire, à des revues indépendantes ou universitaires. Attachée aux productions associatives, elle participe également à différents collectifs poétiques. Soucieuse de faire évoluer sa pratique et ses connaissances, elle se forme actuellement à la psychologie et à l’écriture thérapeutique pour s’orienter progressivement vers l’intervention en milieux hospitalier et psychiatrique.

Et en plus des cours,
il y a les ateliers d’écriture

Après avoir analysé les liens entre la folie, le génie et la création littéraire au premier semestre, c’est à l’exploration de nos ressources observatrices et créatrices que nous partirons au deuxième semestre.

Trois ateliers d’écriture se tiendront à partir du mois d’avril 2022. Tous se baseront sur des sorties effectuées dans des lieux faciles d’accès de la vallée. Écrire à partir de la forêt, du chant des oiseaux ou de la nuit qui s’amène, il vous sera proposé chaque fois l’occasion de faire ou laisser parler la nature.